La guédille, c’est la street food noble du Québec. Un plat de saison — à réaliser imprérativement quand le homard est en pleine saison, de mai à fin juin.
Ingrédients
Pour le beurre blanc au cidre :
- 80 ml de cidre de glace québécois demi-sec (1/3 tasse)
- 30 ml à soupe de vinaigre de cidre artisan (2 c. à soupe)
- 2 échalotes françaises, émincées finement (60 g environ)
- 150 g de beurre non salé, froid, coupé en dés de 1 cm — impératif (⅔ tasse)
- 30 ml de crème 35 % (crème liquide entière) — stabilise l’émulsion, réduit le risque de tranché (2 c. à soupe)
- QS de sel fin
- QS de poivre blanc du moulin
Pour le homard et les garnitures :
- 340 g de chair de homard tiède, hachée grossièrement — idéalement homard des Îles-de-la-Madeleine ou de Gaspésie (queue + pinces) (¾ lb)
- 1 pomme verte Granny Smith, épléuchée, en fine brunoise de 3 mm (env. 180 g)
- 1 branche de céleri, en brunoise fine — apporte croquant et fraîcheur (40 g)
- 15 ml de jus d’½ citron jaune — pour la brunoise de pomme (empêche l’oxydation) (1 c. à soupe)
- 4 feuilles de laitue Boston ou batavia (feuilles extérieures, tendres et croquantes)
- 15 ml de ciboulette fraîche, finement ciseleée (1 c. à soupe)
- 15 ml d’aneth frais, effeuillé (1 c. à soupe)
- 15 ml d’estragon frais, haché (facultatif — renforce la note anisée du cidre de glace) (1 c. à soupe)
- QS Fleur de sel — pour la finition
- QS Poivre blanc du moulin
Pour les pains :
- 4 pains à hot-dog de boulangerie, de préférence briochéés, fendus sur le dessus (style New England split-top ou petit pain brioché allongé)
- 30 g de beurre non salé, pour la grillade (2 c. à soupe)
Préparation
Cuire le homard (si homard vivant) :
- Porter à ébullition une grande marmite d’eau richement salée : 3/4 tasse / 190 g de sel de mer pour 4 litres / 16 tasses d’eau — l’eau doit être plus salée que l’eau de mer pour rehausser la saveur de la chair.
- Retirer les élastiques des pinces. Plonger les homards tête première dans l’eau bouillante. Couvrir. Dès la reprise de l’ébullition, compter : 450 g / 1 lb = 10–11 minutes | 680 g / 1½ lb = 13–14 minutes. Les antennes doivent se détacher facilement au signe de cuisson parfaite.
- Déposer immédiatement dans un bain d’eau glacée (glace + eau froide) pendant 5 minutes pour stopper la cuisson et faciliter le décorticage.Décortiquer, récupérer la chair de la queue et des pinces. Couper grossièrement. Réserver au tiède — ne pas réfrigérer : la chair froide 'tue' le beurre blanc.Note : si vous utilisez de la chair de homard déjà cuite achetée chez le poissonnier, la réchauffer doucement dans une noix de beurre à feu très doux, 2–3 minutes maximum.
Préparer la brunoise de pomme et les herbes :
- Peler et évider la pomme verte. Tailler en fine brunoise (cubes de 3 mm). Arroser immédiatement du jus de citron et mélanger — étape indispensable pour éviter l’oxydation (brunissement). Ajouter la brunoise de céleri. Mélanger. Réserver au frais.
- Ciseler la ciboulette finement. Effeuiller l’aneth. Hacher l’estragon si utilisé. Réserver les herbes séparément — elles seront ajoutées au dernier moment pour conserver toute leur fraîcheur et leur couleur.
Réaliser le beurre blanc au cidre :
- Dans une casserole à fond épais (inox de préférence, ni anti-adhésif ni aluminium qui réagit à l’acidité), combiner le cidre, le vinaigre de cidre et les échalotes. Ajouter du poivre blanc. Porter à ébullition puis réduire à feu moyen-vif.
- Laisser réduire jusqu’à ce qu’il ne reste que 2 c. à soupe / 30 ml de liquide sirupeux — les échalotes doivent être confites et le liquide nappé. C’est la base de réduction (gastrique) du beurre blanc.
- Ajouter la crème 35 %. Porter à petite ébullition et laisser réduire de moitié (15 ml environ). La crème joue le rôle de stabilisant pour l’émulsion beurre-eau — elle réduit considérablement le risque de tranché.
- Réduire le feu au plus bas. Ajouter les dés de beurre froid un à un (ou par 2–3 à la fois) en fouettant constamment — la sauce doit rester crémeuse et onctueuse. Maintenir à 65–70°C / 150–158°F : trop chaud, l’émulsion se rompt ; trop froid, le beurre se fige. Rectifier l’assaisonnement en sel fin.
- Retirer du feu. Ajouter la chair de homard tiède directement dans le beurre blanc. Mélanger délicatement à la maryse — le homard doit être enrobé, pas noyé.Couvrir et maintenir au chaud (pas sur la flamme).
Griller les pains :
- Dans une poêle à feu moyen, faire fondre le beurre jusqu’à légère mousse.Déposer les pains sur leurs deux faces plates extérieures (pas l’intérieur).Griller 1–2 minutes de chaque côté jusqu’à dorure homogène et croquante. Le contraste beurré-croustillant dehors – moelleux dedans est la signature de la guédille parfaite.
Dressage et service :
- Déposer une feuille de laitue Boston dans chaque pain chaud en la laissant dépasser légèrement — elle protège le pain du jus et apporte texture.
- Ajouter une cuillerée généreuse de brunoise pomme–céleri égouttée. Bien répartir.
- Garnir généreusement de la préparation homard-beurre blanc encore chaude.Finir avec une pincée de fleur de sel, quelques tours de poivre blanc, et le trio d’herbes : ciboulette ciseleée, aneth effeuillé, estragon haché.
- Servir immédiatement — la guédille ne supporte pas l’attente. Accompagner d’une salade verte simple ou de petites pommes de terre grelots à la vapeur. Et comme il se doit : un verre de cidre de glace très froid ou un blanc de Charlevoix.
Notes – conseils – trucs – astuces – découvertes
Choisir le bon homard — le secret commence au marché. Au Québec, le homard des Îles-de-la-Madeleine (zone 22) et celui de Gaspésie (zone 19–21) sont reconnus comme les plus savoureux au monde : pêché en eaux très froides, juste avant la mue de mai-juin, la chair est pleine, ferme et d’une concentration aromatique exceptionnelle. Un homard vivant = un homard frais : il doit réagir au toucher et ses pinces doivent rester actives.
La technique du beurre blanc — la sauce-mère de la Loire. Le beurre blanc (ou beurre nantais) est une sauce d’émulsion chaude codifiée dans la grande cuisine française depuis le XIXᵉ siècle, classée sauce «mère» dans le Larousse Gastronomique. Son équilibre est fragile : le beurre froid est ajouté progressivement dans une réduction acide chaude pour créer une émulsion eau-matière grasse. La crème stabilisée utilisée ici est la technique des brigades modernes pour garantir la sauce à la maison sans risque. Toujours maintenir entre 65 et 70°C / 150–158°F : c’est la température d’émulsion stable du beurre blanc.
Le cidre de glace — trésor du terroir québécois. Le cidre de glace québécois est un produit IGP (indication géographique protégée) unique au monde, produit exclusivement au Québec à partir de pommes dont le jus est concentré par le gel naturel hivernal. Son profil aromatique — douceur, acidité vive, notes de pomme confitée et de miel — se marie de façon exceptionnelle avec la douceur iodée du homard.
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Guédille de homard, beurre blanc au cidre de glace, pomme verte et trio d’herbes fraîches
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