La tournée
Découvertes
Gourmandes
Prix restaurateur Aliments du Québec au menu 2026 : cinq tables où le terroir mène le bal
Aliments du Québec a dévoilé le 9 juin ses cinq finalistes pour le Prix restaurateur 2026, des établissements affichant un taux d’approvisionnement local moyen de 90 %. Le vote du public est ouvert jusqu’au 16 août, et le lauréat sera couronné le 28 septembre au Musée de la civilisation, à Québec. Tour d’horizon des prétendants — et de ce que leur sélection révèle sur la gastronomie d’ici.
Il fut un temps où afficher « produits du Québec » au menu relevait de la coquetterie marketing. Ce temps est révolu. À l’heure où le Guide Michelin a posé ses valises dans la province et où les clients scrutent la provenance de leur assiette, l’approvisionnement local s’est imposé comme un marqueur d’excellence à part entière. C’est précisément ce que récompense le Prix restaurateur Aliments du Québec au menu, dont la 9e édition vient de livrer ses cinq finalistes. Cinq adresses, cinq régions, cinq philosophies — mais une même obsession : faire de la traçabilité une signature.
Un prix qui mesure l’engagement, pas seulement le talent
Le Prix restaurateur s’inscrit dans le programme de reconnaissance Aliments du Québec au menu, créé en 2014 par Aliments du Québec — un organisme sans but lucratif fondé en 1996 — en collaboration avec l’Association Restauration Québec (ARQ). Ce programme rassemble aujourd’hui plus de 1 000 restaurants et autant d’institutions qui réservent une place de choix aux produits d’ici.
Lancé en 2018, le Prix distingue chaque année, parmi ces établissements, ceux qui poussent l’engagement le plus loin. La sélection 2026, dévoilée le 9 juin, ne repose pas sur un simple coup de cœur : elle s’appuie sur l’analyse de la mise en valeur des produits québécois et du taux d’approvisionnement local, qui atteint une moyenne de 90 % chez les cinq finalistes. Un chiffre qui en dit long sur le niveau d’exigence atteint.

Cinq finalistes, cinq façons de raconter le Québec
Coteau — Québec
Logé dans un entrepôt maritime de 1822 du Vieux-Québec, Coteau est la nouvelle identité gastronomique de l’Auberge Saint-Antoine (Relais & Châteaux), rebaptisée à l’été 2025 en clin d’œil à la Ferme du Coteau de la famille Price, sur l’Île d’Orléans, qui cultive plus de 30 variétés biologiques. Aux commandes, le chef franco-britannique Lucas Brocheton propose un menu à l’aveugle dicté par les récoltes, salué par une Étoile verte Michelin 2026.

Hoogan et Beaufort — Montréal
Installé dans les anciens Shops Angus de Rosemont, le restaurant du chef-propriétaire Marc-André Jetté a soufflé ses dix bougies en 2025. Cuisson sur feu de bois, refus catégorique des produits transformés, priorité absolue aux producteurs québécois et carte des vins de plus de 700 références : la maison conjugue rigueur et générosité, une étoile à la dernières sélection 2026 du Guide Michelin.

Laurie Raphaël — Québec
Institution du Vieux-Québec fondée en 1991 par Daniel Vézina et Suzanne Gagnon, la table porte le prénom de leurs deux enfants, Laurie et Raphaël, qui en tiennent aujourd’hui les rênes — lui en cuisine, elle à l’administration. Trente ans de complicité avec les producteurs d’ici lui ont valu une première étoile Michelin en 2025, renouvelée en 2026.

Les Mal-aimés — Cookshire-Eaton (Estrie)
Au cœur de la campagne estrienne, ce projet « de la ferme à la table » réunit le maraîcher Yannick Côté et le chef Daniel Charbonneau (ex-L’Empreinte, à Sherbrooke). Depuis 2023, une quinzaine de convives y dégustent un menu unique bâti sur les légumes cultivés sur place et les meilleurs produits régionaux. Le nom — un hommage aux ingrédients trop souvent boudés — colle à une démarche couronnée d’une Étoile verte Michelin 2026.

Chez Mathilde — Tadoussac (Côte-Nord)
À la rencontre du fjord du Saguenay et du Saint-Laurent, le chef autodidacte Jean-Sébastien Sicard et Mireille Perron tiennent depuis 2007 cette table saisonnière, ouverte de juin à octobre. Deux menus dégustation à l’aveugle — l’un terrien, l’autre maritime — célèbrent un terroir nord-côtier tracé au producteur près. En 2025, l’adresse est devenue le premier restaurant de la Côte-Nord recommandé par le Guide Michelin.

La traçabilité, nouveau langage de la gastronomie
Un fil rouge relie ces cinq maisons : la provenance n’y est pas un argument de vente, c’est le point de départ. Plusieurs cultivent leurs propres légumes (Coteau, Les Mal-aimés), d’autres nomment publiquement chacun de leurs fournisseurs, du crabe des Escoumins au homard de Sept-Îles. « Les finalistes de cette année sont de véritables modèles d’engagement envers l’approvisionnement local », résume Isabelle Roy, directrice générale d’Aliments du Québec, qui souligne qu’ils racontent le Québec en faisant rayonner l’artisan derrière chaque produit.
Ce constat recoupe une tendance lourde du secteur HRI : l’arrivée du Guide Michelin au Québec en 2025 a consacré des cuisines profondément ancrées dans leur région, et l’Étoile verte — qui distingue les pratiques durables — récompense désormais des démarches que le Prix restaurateur valorise depuis sept ans. Pour les restaurateurs, le message est limpide : connaître et raconter ses producteurs n’est plus un supplément d’âme, mais un véritable avantage concurrentiel.
Comment voter, et quand connaître le gagnant
Particularité de cette 9e édition : c’est le public qui tranche. Le vote est ouvert jusqu’au 16 août sur le site d’Aliments du Québec, avec à la clé un tirage, le 18 août, de deux cartes-cadeaux de 250 $ applicables chez le finaliste de son choix. Tout l’été, des capsules vidéo réalisées avec Geneviève O’Gleman feront découvrir chaque établissement et les artisans qui l’approvisionnent.
Le lauréat 2026 succédera à la Microbrasserie Le Presbytère (Mauricie), couronnée en 2025. Il sera dévoilé le 28 septembre au Musée de la civilisation, à Québec, lors d’une soirée réunissant restaurateurs membres du programme, artisans et partenaires de l’industrie bioalimentaire.
Le local n’est plus une niche
Au-delà du trophée, la cuvée 2026 illustre une bascule culturelle : l’approvisionnement local n’est plus une niche, mais la nouvelle norme de l’excellence québécoise. Que vous soyez restaurateur en quête d’inspiration ou gourmand curieux, ces cinq tables tracent un bel itinéraire pour l’été — et offrent une occasion concrète de soutenir celles et ceux qui font vivre notre terroir. Le reste, c’est vous qui en décidez : à vos votes.
(Sources | Références | Photographie : Aliments du Québec)

